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Foi et Raison

4 giorni fa
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La tristesse de l’homme est de ne pas être saint par l'abbé Ferdinand Nindorera (en collaboration avec Saint-Martin News)



Quel est le rapport entre la cosmologie et la fête de tous les saints? Pourquoi la sainteté est en même temps une grâce et une tâche à accomplir? La fête de tous les saints a été fixé le premier novembre quand en occident, le jour décline et la longueur de la nuit augmente. Pendant cette saison d’automne, à cause du froid, la nature créée, la belle nature végétale perd progressivement ses feuilles sans perdre pour autant la vie. La fête de tous les saints vient donc pour réchauffer notre coeur et éclairer le sentier de notre vie. À cet effet, cette fête nous comble d’espérance, car Dieu nous accorde ce que nous désirons, l’abondance de sa miséricorde. Il faut donc oser espérer contre toute espérance, car l’homme qui jadis vivait dans la débauche, peut être transformé en prison pour devenir saint, car les chemins du Seigneur sont amour et vérité. Ainsi, étant aimé sans mérite, le malheur de l’homme est de ne pas être saint.


Créés pour la santeté

La sainteté est liée à notre condition de créature à l’image et à la ressemblance de Dieu. La

sainteté dans son étymologie hébraïque (kadosh) signifie une lumière resplendissante. Ainsi, Dieu seul est Saint. Il est trois fois saint. Comment alors l’homme, dans sa condition

de misère, devient-il saint malgré son poids de péchés? La grâce de la création à l’image et à la ressemblance de Dieu ne suffit pas. Il faut adhérer au Christ qui nous a sauvés au prix de son sang. Ainsi, la sainteté devient une vocation qui exige le choix libre. L’agir pour l’éternité bienheureuse est le leitmotiv de notre existence. Nous agissons sub specie aeternitatis, dit Maurice Blondel. Le Ciel est notre patrie, le terminus ad quem de notre vie présente. La loi de la charité est le fil conducteur vers la sainteté. Selon saint Augustin, « l’homme heureux n’est pas celui qui possède ce qu’il aime, mais celui qui aime ce qui est digne d’être aimé » (Commentaire du psaume 26). Or celui qui est digne d’être aimé est Dieu qui nous a aimés le premier. Par conséquent, « la grande tristesse de l’homme est de ne pas devenir saint », selon Léon Bloy. La sainteté au quotidien selon la logique des béatitudes est l’adhésion au Christ, à sa parole de vie et de vérité sous la puissance de l’Esprit de sainteté. Il s’agit de vivre dans la pauvreté spirituelle, dans la douceur et l’humilité

de coeur comme lui, de devenir artisan de justice et de paix, d’acceuillir la persécution

sans malédiction, de souffrir avec les souffrants des injustices et prier pour nos persécuteurs. Cette application des béatitudes dans la vie de tous les jours est une grâce à implorer et à accueillir dans l’action de grâce. En général, notre inclination naturelle tend à

renverser les béatitudes. Selon la logique de ce monde, les citoyens de la cité terrestre sont

guidés par l’instinct de domination, de violence et de concupiscence. La souffrance la

plus nuisible consiste à vivre et si Deus non daretur, en confondant la liberté au libertinage jusqu’à tomber dans l’esclavage du péché qui ruine notre identité. Dans cet enfer existentiel,

l’homme prend conscience « qu’il a mesuré sa vie sur une cuillerée à café ». La seconde lecture nous rappelle que nous sommes faits pour la sainteté en s’émerveillant: «Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu-et nous le sommes».


La sainteté est sans frontière

Le grand philosophe Platon, dans le Dialogue Euthyphron, s’interroge: «La sainteté n’estelle pas peut-être une science de faire des sacrifices et de prier»? Est-ce que faire des sacrifices ne signifie pas faire des dons aux divinités? Prier n’est-il pas peut-être demander des faveurs aux divinités? À ces interrogations, le hagios, le saint, le consacré, celui qui est mis à part, pose trois actes à savoir: le sacrifice, la prière et les dons. Ainsi, la sainteté devient une science d’invoquer et de se faire sacrifice pour demander le secours des divinités (Ethyphron 14C). Dans la vision hébraïque, le saint (kadosh) est l’homme au coeur pur qui « ne livre pas son âme aux idoles et obtient de Dieu la bénédiction » (Ps1). Dans la culture religieuse africaine en particulier dans la langue Kirundi, le saint signifie la pureté du ventre (umweranda). Le ventre dans le sens de viscère signifie l’intimité, l’intériorité où se prennent les grandes decisions de la vie. La pureté du ventre équivaut à la pureté du coeur, car la personne de paix a un coeur dans le ventre (umutima mu nda).

L’originalité de la foi chrétienne est que la sainteté ne dépend pas de la perfection morale réservée à une minorité élitiste selon la philosophie grecque. La santé morale n’est pas équivalente à la sainteté de vie. La sainteté est une grâce que Dieu accorde à ses enfants

sans aucun mérite. Selon saint Augustin, la sainteté de l’Église qui marche dans le monde

pour l’éternité implique aussi sa condition pécamineuse en tant que Corpus mixtum. Les cent quarante-quatre mille qui portent le sceau sur leur front, cette foule immense vêtue de robes blanches et des palmes à la main que nul ne pouvait dénombrer sont le signe que la sainteté n’est pas confinée à un territoire déterminé. Les saints sont nos contemporains. Leur langue est celle de l’amour. Leur couleur de la peau est sans importance dans la mesure où toute personne est aimée telle qu’elle est. Les saints sont les constructeurs de la civilisation de la fraternité universelle. La sainteté au quotidien est la vie simple, dense, riche de Dieu dans n’importe quelle situation.


Engageons-nous sur la voie de la sainteté

L’ordo amoris est le principe de la sainteté. Nous serons jugés à partir de ce principe qui est le moteur de la vie. L’ordre de l’amour nous invite à donner priorité à l’amour pour Dieu sans délaisser l’amour du prochain. Ceux qui sont appelés les bienheureux dans le jugement dernier sont ceux qui ont vécu l’amour de Dieu et du prochain dans la vie quotidienne. Le grand théologien et philosophe Hans urs von Balthasar nous donne ces trois indications qui orientent le chrétien sur la voie de la sainteté. Le chrétien aime, voit et veille. Il aime Dieu

et le prochain dans tout ce qu’il fait. Il voit la présence du Seigneur avec les yeux de la foi. Jésus est toujours avec nous mais il nous arrive souvent de nous éloigner de lui. Enfin,

nous vivons dans l’attente avec attention pour qu’il nous trouve vigilents quand il reviendra

dans sa gloire pour juger les vivants et les morts. Le malheur de l’homme est de ne pas être saint.

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